Entries For: July 2004
2004-07-31
Déréglage
Je me suis endormi comme une larve en lisant. Par terre, allongé en position foetale sur le tapis, et avec la lumière ; ce qui me surprend.
Endormi à 21h, réveillé à 5. C'est déjà une bonne nuit. Mais je vais y retourner.
Je viens de relire un chapitre de ce livre. En fait, je suis scotché dessus ; je n'avais pas eu cette impression depuis longtemps (la dernière fois, c'était pour lire L'empire des loups, de J.-C. Grangé) et je suis partagé entre le plaisir que ça m'arrive à nouveau et le malaise que cela arrive avec une histoire comme celle d'American Psycho.
Ce livre est dangeureux. Maintenant que je commence à arriver au milieu (dernier massacre : l'amie d'université cloutée puis violée par la bouche après en avoir découpé la langue), je commence à me rendre compte que je n'ai pas forcément pris toutes les précautions psychologiques avant de commencer la lecture. C'est évident que cette lecture laissera des séquelles, et je ne sais encore combien de temps il faudra pour que les tensions destructrices dont je suis en train de m'imprégner se calment et s'adoucissent.
Mais peu importe.
Je vais retenter de dormir, maintenant.
2004-07-30
À tester
La lecture de American Psycho ne me laisse pas indifférent.
Cela fait déjà longtemps que je me pose la question de la décorrélation possible entre la douleur et la violation d'intégrité corporelle.
Car, biologiquement, la première est là pour signaler la seconde, mais l'être humain a su se munir d'artifices qui permettent de provoquer l'une sans l'autre, dans les deux sens.
Dé là, dans quelle mesure serait-je capable d'ouvrir mon corps et mettre à nu mes chairs, si je me suis muni au préalable des stupéfiants nécessaires à ma désensibilisation ?
Je crois savoir que la simple idée de la douleur cicatricielle post-descente m'empêcherait d'être trop intrusif, mais en même temps je n'en ai aucune certitude expérimentale.
Un jour viendra…
Suspension
J'ai suspendu ma lecture de Transformer son Esprit du Dalaï Lama pour me plonger dans American Psycho (Bret Easton Ellis), qui me narguait du milieu de ma bibliothèque depuis un mois déjà.
Ce bouquin me met assez mal à l'aise, non pas pour la trame de psychopathie aiguë du protagoniste, mais par la richesse et la précision des descriptions de la richesse précisément entretenue par les différents personnages. Je savais la vie des hautes sphères de Wall Street réglée comme une horloge suisse, mais pas à ce point-là, et l'idée d'avoir au sommet de la hiérarchie capitaliste des individus aussi peu humains me laisse doucement rêver… Moi qui idéalise la coordination des structures hiérarchiques par des non-humains (consistants, réguliers, impartiaux), je suis servi !
Ce matin, petit coup de déprime en arrivant au boulot, sans raison particulière ; mais je sais que c'est probablement la fatigue accumulée, donc je n'y pense pas, et ça va de toutes façons beaucoup mieux mieux depuis le repas de ce midi.
Ce week-end, je vais prendre mon courage à deux mains et :
- m'entraîner au piano ;
- apprendre à séduire (lourde tâche) ;
- laver la moquette ;
- m'organiser avec ma colocataire pour changer notre abonnement à Internet.
Nostalgie
Ce soir après le travail je devais aller faire passer une soutenance à un groupe d'étudiants dans mon ex-école (comme quoi, c'est jamais vraiment fini).
Ça m'a fait le plus grand bien. D'abord, parce que c'est un réel plaisir d'avoir en face de soi quelqu'un qui partage un peu la magie de cette école et de son enseignement. Ensuite, parce qu'à cette occasion j'ai un peu fait le tour, et j'ai revu quelques connaissance avec qui j'ai échangé des mots sur le passé, le présent et l'avenir, sur un ton très épitéen.
En même temps, je me sens de plus en plus « vieux » dans cette école, et je me dis qu'il commence à arriver le temps où je rentrerai dans cette même catégorie que moi-même je chassais fermement dans mes débuts d'étudiants : les vieux, en informatique, c'est une plaie pour l'enseignement. Surtout quand comme moi ils n'ont plus une vision pratique et technique de leur domaine.
Je m'aperçois qu'il y a des gens que j'ai envie de revoir, mais juste pour le plaisir d'avoir l'impression de revivre à nouveau des choses positives vécues dans le passé avec eux. C'est bizarre, surtout d'en avoir envie tout en sachant que le contexte ne se prête plus au renouvellement des mêmes plaisir…
2004-07-29
Yop yop
Coïncidence ou pas, le modem ADSL de ma colocataire ne fonctionne pas très bien depuis hier. Mouarf.
Hier midi, restauration en face de mon bureau avec Galaxy, au cours de laquelle une conversation passionnée à tendance geek m'a suffisamment distrait pour que je fasse jaillir la sauce en dehors de mon assiette, à tel point que j'ai arrosé la nappe, mon tee-shirt, le fauteuil et presque mon interlocuteur.
Hier soir, regroupement social et gastronomique avec plusieurs gens bien, et la conversation sans être passionnée était loin d'être consensuelle, et j'ai appris à l'occasion que la question du nommage des godemichets n'est pas un sujet facile à aborder pour tout le monde.
Petite visite express au Merle après, parce que c'était facile et proche, et ça m'a fait du bien.
Toujours pas assez dormi cette nuit. J'attends ce week-end avec impatience.
2004-07-28
Compréhension
Comme dit Matoo, j'ai probablement surtout besoin de vacances et de sevrage du net.
Ok, c'est une chose.
Par contre, quelque chose qui commence à apparaître au fur et à mesure que j'y réfléchis et que j'en parle avec d'autres personnes, c'est que j'ai besoin d'accomplir ma psychanalyse, et que me contenter d'un blog pour m'auto-analyser, ça ne suffit pas.
En fait, il faudrait surtout que je puisse avoir des conversations personnelles avec des gens bien. Un ou plusieurs amis, en somme. Des gens avec qui je n'aie pas de scrupule ou de timidité à parler plusieurs heures d'affilée de moi, avec qui je puisse interagir en me considérant égal à mon interlocuteur (et c'est difficile), sans mission permanente d'avoir une conversation intéressante et productive.
Le problème, c'est que je sais déjà écouter. Je sais comme c'est facile d'écouter et d'être patient, à tel point qu'on perd parfois la concentration et l'attention en gardant l'impression pour l'interlocuteur d'être à l'écoute. J'en ai honte quand je le fais, et je n'aime pas l'idée de parler à quelqu'un à qui ça arrive.
Et puis j'ai peur des gens qui analysent, interprètent et me font part de leurs conseils : il suffit d'une petite divergence d'opinion sur un sujet de fond pour que je remette en cause le bien-fondé de toute la confiance que j'accorde à leur conseil, blocant d'un coup tous les potentielles discussions futures.
Ça veut dire que je suis en train de souhaiter pouvoir parler à quelqu'un qui m'écouterait, me donnerait en permanence l'impression d'être attentif, et qui ne me ferait pas savoir ses états d'âme en retour pour éviter d'invalider notre relation : quelqu'un d'apparemment insensible, ce que conceptuellement je n'arrive pas à imaginer, ou plutôt à tolérer.
Ou quelqu'un avec qui nos manières de penser convergent.
Mais c'est rare. Et pas forcément disponible. En tout cas je n'en ai pas l'impression, car je ne suis pas disponible actuellement, et si il y a convergence des états d'esprit la disponibilité n'existe pas en face non plus.
Alors, faute d'un interlocuteur privilégié, j'essaie de m'entourer de personnes avec qui je m'entends bien, j'essaie d'intégrer des groupes de personnes pour qui j'ai une haute estime.
Me constituer une sorte de famille de substitution, qui soit là pour m'épauler dans mes recherches intérieures.
Et, incidemment, c'est le drame quand je dois m'écarter d'un groupe parce que je n'arrive pas à comprendre qu'un groupe de gens que j'apprécie puisse tolérer et apprécier en son sein quelqu'un qui m'est insupportable. Je m'éloigne, je suis frustré, et je suis affaibli. D'où ma colère, même si elle n'est que passagère.
Le grand débat intérieur et un peu discuté de ce soir, c'était la persistence des relations entre les gens : que dois-je penser du fait que les gens que j'apprécie ont souvent un « chemin de vie » différent du mien, et que le temps éloigne les personnes irrémédiablement ? Certes, je pourrais faire l'effort de rester en contact, organiser des événements communs, mais j'ai trop souvent l'impression que de toutes façons les mentalités changent et que la magie du contact disparaît peu à peu. Les relations évoluent, et l'intensité des moments partagés à une époque n'est apparemment pas intemporelle. Et ça me fait mal, me laissant l'impression de ne pas être en sécurité, m'imposant d'être à la recherche permanente de nouvelles relations dans mon entourage pour remplacer celles que le temps éloigne hors de ma perception de l'Univers.
Enfin bref.
Heureusement qu'en plus de tout ça je ne suis pas en phase de déprime, parce que ce serait probablement désagréable.
Demain midi, sortie avec un gen, et demain soir avec un autre. Pour socialiser. Pour avoir l'impression d'exister.
Et ce seront de bons moments.
Maintenant, dodo.
Quel c......d !
En référence à l'insupportable :
12:14 <+xxxxx> mdr 12:14 <+xxxxx> enorme le cassage 12:15 <+xxxxx> il a compris que j aimais les femmes alors je ne l interesse plus :)
(citation rapportée de juste après que je m'en aille)
Supaire.
Tout compris.
Boulet.
Ça y est, mon adrénaline bouillonne.
Le pire, c'est que je reconnais quelques bribes de mon propre comportement passé dans cette réaction (« la personne me déteste et je ne comprends pas pourquoi, ça doit être une déception amoureuse ») et je suis déchiré entre la colère contre cette stupidité inqualifiable et le regret de n'avoir pas su moi-même, dans le passé, comprendre mieux et améliorer la situation.
2004-07-27
Ressources
Le problème principal, c'est que ma journée d'hier était minable.
Je n'ai pas beaucoup dormi la nuit, et je suis arrivé au bureau où mon patron était de mauvaise humeur et avec des bruits de travaux difficilement supportables juste derrière la fenêtre.
J'avais plein de trucs à faire au bureau, un cours à préparer pour le soir (qui n'a finalement pas eu lieu), et deux gros trolls poilus sont venus ruiner ma productivité au travail ; du coup, je n'ai pas mangé à midi.
Alors le soir, quand je suis rentré, tard, chez moi, je n'avais plus le courage d'aller au Merle.
Et ce matin, je n'avais encore pas assez dormi, et je regrettais de ne pas être allé au Merle.
Donc forcément c'était facile de m'énerver.
Et là avec un bon repas dans le ventre, le monde devient beaucoup plus simple.
Ridicule
En plus, si je ne m'ennuyais pas autant, je n'aurais pas réagi comme ça.
Pas glop, pas glop !
Et ce qui m'énerve le plus, c'est que je ressente autant le besoin de communiquer à ce sujet, en accordant tant d'importance au sujet de quelqu'un dont je pense qu'il n'en mérite aucune.
Ça m'énerve, ça m'énerve.
Je ressens le besoin de pourfendre au sabre laser, à la tronçonneuse, au BFG-9000, à la masse d'armes, au bacille de la peste bubonique, cette partie de l'humanité qu'il m'a donné l'impression d'incarner.
Gniourf pas glop
Et maintenant, je me demande pourquoi cette petite histoire d'IRC me touche autant.
Tant, d'ailleurs, que je me rends compte qu'après Ctrl-Alt-Del, c'est ce à quoi j'ai le plus pensé depuis deux ou trois jours.
Et c'est d'autant plus bizarre que je suis un vétéran du service : je suis connecté à IRC depuis mon plus jeune âge, et j'ai déjà connu moultes personnes peu recommandables qu'il ne me siérait point de fréquenter dans la vraie vie, mais que je tolère par l'indifférence dans ce milieu d'échange textuel.
Et là, je n'ai pas réussi. Très vite, cet individu que je ne connais pas m'a hérissé le poil, et malgré tous mes appels à la sérénité Zen, je n'ai rien pu faire que de réagir exagérément pour m'en détacher. Comment se peut-ce ?
C'est peut-être parce que je connais individuellement et dans la vie réelle la plupart des autres participants du canal, et donc que je n'arrive plus à m'éloigner affectivement de leur texte ; peut-être aussi que ma sensibilité que je commence à peine à confronter au monde réel n'est pas encore prête à affronter autant de beaufitude ; mais, beaucoup plus probable, il s'agit sans doute de ma répulsion à admettre qu'il puisse se trouver autant d'indifférence et d'insensibilité parmi un groupe de gens que j'aurais trop hâtivement classés uniformément dans la catégorie « bien, » et donc que j'aurais eu tort. Dans le mauvais sens.
Pas glop
Depuis deux semaines, je fréquente un nouveau canal IRC, avec plein de gens bien que j'aime beaucoup.
Sauf que, dans le groupe, il y en a un avec qui ça ne va pas depuis le début. Je le trouve « antipathique, » cf. infra.
Et la petite goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'était de l'entendre affirmer ce midi : « je déteste la philo. »
Qu'il n'aie pas de conversation, passe encore. D'ailleurs, moi non plus je n'en ai pas beaucoup. Qu'il soit inintéressant, ça aussi ça peut passer, après tout c'est peut-être moi qui suis un peu trop exigeant.
Par contre, je trouve ça quand même très limité de réduire le Fight Club à un simple « j'ai bien aimé le jeu des acteurs, » et assez irritant d'attraper toutes les occasions d'insinuer que l'idéal de bêtise technique est une femme, et que l'idéal de l'informaticien est de pouvoir tripoter une femme à moindre frais.
Pourtant, plutôt que de me faire une opinion négative, j'ai tenté d'engager la conversation, cherché à savoir un peu mieux qui il était, et après m'avoir fait comprendre qu'il se contentait d'une ambition de beauf citadin, tout ce qu'il a trouvé à me dire, c'est : « lol je me croirais sur un chan de rencontres. »
Donc, comme il n'aime pas la philo, je suis parti. J'ai fui.
Je me dis que partir était la meilleure solution, puisque c'était moi le visiteur sur ce canal, mais j'ai honte d'avoir été potentiellement faible devant celui qui potentiellement me menaçait.
Forgive me, I've sinned
Pas dormi, pas efficace ce matin, juste pour finir de lire les archives de Ctrl-Alt-Del.
2004-07-26
Déséquilibre
Dire à quelqu'un qu'on apprécie sa compagnie et sa présence, c'est facile. C'est socialement acceptable, voire bénéfique.
Je peux dire : « je suis content d'avoir passé quelques moments avec toi ; ta compagnie m'est agréable, ta conversation éveille ma curiosité et suscite des réflexions intéressantes » voire optionnellement « et je trouve ta morphologie harmonieuse et désirable. »
Mais par contre, c'est beaucoup moins acceptable et facile de dire à quelqu'un : « ta présence me déplaît ; je trouve ta conversation inintéressante, car trop superficielle ; je m'ennuie avec toi, et je n'aime pas ta légèreté dans ta manière de tourner en dérision et sans précautions des sujets qui me touchent ; par ailleurs, je trouve que tu manques de relief : tu ne prends pas position et tu apparais dénué de sensibilité, et ça m'inspire la méfiance. »
Socialement inacceptable, car le protocole l'interdit.
Difficile, parce que lorsque quelque chose comme cela ne va pas, je ressens la situation comme un échec et je me mets en devoir de l'améliorer, ce qui est coûteux en temps, en énergie voire en émotions.
Bref, les gens pas bien me fatiguent, et m'attristent.
Définition
- Antipathique
- Je n'aime pas quelqu'un si, en imaginant qu'il aie du pouvoir sur moi, je me sens menacé.
Retour dans le droit chemin
Le rêve qu'a interrompu mon réveil aujourd'hui était une réédition d'un rêve déjà survenu, même si je ne sais plus quand.
Je réconfortais une femme nue, en la serrant dans mes bras par-derrière, avec les bras croisés sur son ventre. Je la réconfortais, car juste « avant » (ce n'est pas vraiment temporel, car la chronologie du rêve échappe un peu à notre perception des séquences dans l'espace-temps physique, mais difficile de définir la conjonction autrement), elle me relatait une expérience douloureuse, et avait fondu en larmes.
Rien de sexuel, a priori, bien qu'elle fût nue et que le contact de sa peau était presque perceptible dans mon rêve.
Ce qui me gêne, dans cette histoire, ce n'est pas tant le fait que j'aie naturellement rêvé à un contact physique avec un corps de femme — et que depuis que je suis réveillé la perspective d'explorer, lubrique, plus en détail le corps féminin me paraît beaucoup plus intéressante et acceptable —, que le risque que mon existence devienne beaucoup plus complexe qu'elle ne l'est déjà si je commence à considérer la femme comme un être sensible qui mérite mon attention & affection.
Suite
Après avoir écrit, j'ai dormi, affalé sur mon tapis dans ma chambre ; je me suis réveillé vers minuit, à point pour dire au-revoir aux premiers quittants, mais aussi pour le premier service de Champagne et de gâteaux.
La fin de la soirée était beaucoup plus agréable pour moi : moins de gens, moins de fatigue, plus d'alcool (dont une fabuleuse vodka-pomme à base d'Absolut) et quelques mots philosophiques intéressants sur le bien-fondé (ou non) de définir une existence seulement par l'interaction entre individus. J'ai de quoi réfléchir pour les deux prochains jours.
Et maintenant, dodo.
2004-07-25
Anniversaire
Ce soir, nous fêtons l'anniversaire de ma colocataire. Environ 15 personnes sont venues pour l'occasion.
Nous avons préparé, en plus des quelques amuses-gueule en apéritif, du melon frais au Porto rouge, une grande salade estivale (oeufs, maïs, tomates, champignons, salade), des crêpes aux assortiments multiples, et trois gâteaux (deux au chocolat, un aux amandes). Un vrai festin. Et ça se passe plutôt bien.
J'ai bu deux bières, un verre de vodka-tagada, et ma dose de porto, et déjà mon esprit commence à divaguer allègrement sans que je puisse le retenir.
Finalement, j'appris hier que l'amant actuel de ma colocataire lui a déjà offert un godemichet, et que par conséquent je devrai me dispenser de lui offrir celui que je lui ai trouvé ; fi, je pense qu'il plaira à quelqu'un d'autre.
Il y a trop de monde ce soir ; je me sens mal à l'aise, hors de mon milieu.
Le rayon de soleil de la soirée, ce furent les quelques sourires adressés à mon endroit par les gens bien en présence, et le coup de téléphone d'un autre gen bien de retour de vacances qui s'enquérait des modalités de nos retrouvailles la semaine prochaine.
C'est déjà bien.
Question fondamentale
Qu'est-ce que je veux ?
Quand je suis malheureux, c'est souvent à cause d'une douleur ou d'un manque, et mon but principal est alors de supprimer la douleur et combler le manque.
Et puis quand la douleur est moins sensible, et que le manque est suffisamment comblé, c'est-à-dire que je ne me sens pas particulièrement malheureux, comme maintenant, je me dis : « OK, et maintenant ? »
Qu'est-ce qui fait que je me lève le matin, que j'interagis avec d'autres personnes, et que je prends du plaisir à apprendre de nouvelles choses, etc., quand ce n'est plus seulement pour être moins malheureux ?
Le même genre de question se pose lorsque j'éprouve de l'attirance pour quelqu'un : le but immédiat, provisoirement, est de rentrer dans sa vie et de glaner de l'affection et de la tendresse en échange de la mienne. Très bien, mais une fois que cela est fait, que doit-il se passer ensuite ? Car autant il est compliqué de dire et faire comprendre à quelqu'un que c'est quelqu'un d'important pour mon existence, autant cet acte ponctuel, en lui-même, ne constitue pas une raison renouvelable à l'existence jour après jour.
En fait, de trois choses l'une :
- ou bien il existe dans mon existence un but ultime que je dois passer mon temps à 1) chercher et 2) accomplir, son accomplissement se chargeant de consumer et d'achever définitivement mon existence dans un paroxysme (voire, si je n'en meurs pas, me laissant pour le restant de ma vie dans un état de sérénité éclairée) ;
- ou bien mon existence doit consister à vivoter, pour chercher et accomplir, les uns après les autres, une série de petits objectifs à court-moyen terme, et la sérénité et le bien-être viendraient dans la conscience de cette succession de cycles d'accomplissement ;
- ou bien ma vie n'a aucun sens, et mon existence doit consister à me sentir éternellement insatisfait, condamné à rechercher je-ne-sais-quoi, en masquant l'insatisfaction perpétuelle par l'illusion d'une utilité dans les petits accomplissements du quotidien.
Deux cas qui laissent la sérénité comme objectif ultime et accessible, et un cas beaucoup plus crédible et réaliste qui me condamne à une vie désagréable.
Et je ne sais pas ce que je veux.
Tantôt, une considération plus locale me poussait à me demander ce que je recherche dans la fréquentation d'autres gens.
Qu'est-ce qui me pousse à classer les gens bien dans cette catégorie (vaste, d'ailleurs), puis à désirer les revoir, les distinguant ainsi de la masse des personnes qui me laissent indifférent, sans désir particulier de les fréquenter à nouveau ?
Car les plaisirs qu'ils m'apportent et dont je suis conscient sont éphémères : le plaisir des sens, le plaisir d'apprendre, le plaisir d'échanger, celui plus rare d'être écouté, celui de partager, celui de construire ensemble, que des choses qui sont plaisir parce qu'elles surviennent à un moment de l'existence où elles peuvent être perçues comme telles ; j'en prends pour exemple plusieurs conversations récentes que j'ai trouvé intéressantes sans m'empêcher de penser à quel point elles m'auraient mis mal à l'aise et provoqué mon indignation si elles étaient survenues à un moment antérieur dans mon existence.
Actuellement, pour me rassurer, je me dis que mon existence n'a pas de consistance dans l'avenir, et je m'empêche de prévoir à plus de quelques jours ce que je ferai, où je serai et avec qui, afin de ne pas éprouver de déception à voir les choses se passer différemment de mes prévisions. Mais du même coup, je m'empêche de construire et d'appréhender des objectifs plus larges, à plus long terme.
À fuir la douleur et la déception, je me construis une existence simple et peu engagée, voire qualifiable de « médiocre » selon beaucoup de critères. Je n'y accorde pas beaucoup d'importance, sauf quand il s'agit d'en parler à d'autres personnes ; alors, mon ego souffre, et je me sens inférieur, moins riche en expériences et en objectifs que les autres.
Et la question se pose alors de déterminer si je dois accepter cette manière d'être que j'ai choisie comme étant celle qui me convient le mieux, où si je dois continuer considérer qu'il s'agit d'un moindre mal « en attendant » quelque chose de mieux.
Self-maintenance
Souvent, une poche pleine de matières louches se forme sous ma peau, provoquant gonflement, douleur et laideur locals. Un bouton, en somme, avec ou sans infection.
J'ai souvent entendu que lorsque cela arrivait, dans la plupart des cas il était plus sain de laisser la chose se résorber par elle-même, quitte à accélérer le processus par application d'un produit ad hoc. Pourtant, mon seul et unique réflexe est de libérer ladite « poche » par n'importe quel moyen.
Pour les petits boutons provoqués par fermeture d'un pore au-dessus d'une glande sébacée (comédon), c'est facile : il suffit d'appyer délicatement autour, pour forcer le passage de son contenu. Après, il ne reste qu'une rougeur à cause de la pression, qui disparaît vite si je la lave correctement.
Par contre, ça m'arrive assez souvent en profondeur aussi. Faute de passage évident pour le contenu, mon premier réflexe est d'attendre patiemment en nettoyant la zone régulièrement. Malheureusement, souvent ça dégénère ; et quand le gonflement et la douleur m'indiquent que le passage vers l'extérieur est nécessaire mais n'apparaîtra pas naturellement, je passe à l'attaque.
Toujours la même : une aiguille, bien désinfectée, force l'ouverture, et la pression de part et d'autre établit le flux de matière vers l'extérieur. Et je m'y reprends autant de fois que nécessaire pour vider totalement la poche.
C'est très douloureux ; mais savoir, d'expérience, que cette opération est salvatrice pour la santé de ma peau (parce qu'elle m'évite l'abscès) me pousse à aimer sa douleur aiguë, tant et si bien qu'il m'arrive désormais d'avoir recours à ce procédé pour me libérer d'une infection bénigne, rien que pour avoir le plaisir de ressentir cette douleur que je considère désormais comme seul moyen d'atteindre la récompense de voir la matière louche sortir de mon corps et accéder, par cette fin, au rétablissement de mon intégrité corporelle.
Quand il s'agit du visage, généralement c'est facile et peu douloureux : la poche est très proche de la surface, et il n'y a pas grand-chose à faire pour la vider. Par contre, quand comme aujourd'hui je dois agir sur la paroi interne d'une narine, le percement par l'aiguille est très désagréable, les contorsions de mon nez nécessaires à l'extraction des matières me congestionnent les narines pendant plusieurs heures, le saignement est beaucoup plus fort qu'ailleurs et c'est très long à cicatriser. Pourtant, j'ai trouvé du plaisir dans le jeu de trouver, par percements successifs, la localisation précise de la poche de liquide lymphatique, même lorsque la douleur était si intense que j'en pleurais par réflexe.
Je n'ai aucun scrupule à agir de la sorte ; sauf, peut-être, celui de craindre les cicatrices, telle celle résultant de l'application de ma chiurgie domestique sur un abscès fessier — abscès que j'avais découvert très tard dans son infection, au point que j'en ai extrait presque un millilitre de pus au premier percement, qu'il m'avait fallu deux semaines entière pour le vider entièrement, et que l'utilisation de la simple pression au lieu d'un drain pour le vider avait provoqué l'apparition de fistules secondaires sous la peau à partir du point de percement principal. Aujourd'hui, une grande cicatrice zébrée orne ma fesse droite, seule vestige de cette période d'auto-médecine, me rappelant que la procédure n'est pas sans effets secondaires… Quoique, une cicatrice similaire et pour les mêmes raisons ornait l'arrière de mon pied pendant un an, et elle a fini par disparaître.
La question subsiste tout de même de la pertinence de ce paradoxe douleur/récompense dans mon modèle de vie qui vise à diminuer la souffrance à tout prix. Je suis partagé, d'une part entre le désir d'absorber comme axiome que la douleur physique de mon corps provoquée par moi est totalement distincte de celle que l'« extérieur » peut m'infliger, et de celle ressentie par les autres, et que pour cela elle ne rentre pas en considération dans mon modèle de vie, et d'autre part le constat que ce comportement déviant sus-décrit est probablement une faille de mon modèle et qu'il faudrait peut-être, pour mon intégrité spirituelle, soit que je change de comportement, soit que je change mon modèle.
En somme, j'ai un comportement qui n'est pas homogène avec ma perception du monde et de ma place dedans, et je me demande ce que je peux bien y faire. Soit changer de comportement, soit changer de perception du monde.
Et c'est là qu'une question survient très vite : est-ce important ? Quelle est la priorité de cette résolution à côté des autres remises en question que j'opère ? Je me pose ces questions à chaque fois que je me perce et que je me presse, mais pas du tout le reste du temps. Qu'est-ce que cela signifie ?
Note pour plus tard, rien à voir : créer un compte sur Kochonland quand j'aurai compris pourquoi il n'accepte pas les valeurs que je renseigne sur le formulaire d'inscription.