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Analyse, synthèse

by Kena — last modified 2004-07-21 05:33

Problème posé :

« comment expliquer la nature de mon emploi à sa juste mesure, dans des termes que quelqu'un qui ne me connaît pas peut comprendre ? »

Analyse :

  • lorsque l'interlocuteur interjecte « qu'est-ce que tu fais dans la vie ? » la question attend une réponse courte, et qui tienne compte qu'à ce point de la conversation il n'y a pas d'intérêt réel chez l'interlocuteur, car il s'agit juste d'une introduction protocolaire ;
  • il ne faut pas lourder l'interlocuteur qui n'est pas particulièrement intéressé par le sujet de conversation ;
  • si l'interlocuteur n'est pas intime, il faut éviter d'exprimer précisément des situations psychologiques ou émotionnelles, car celles-ci n'ont pas leur place dans une introduction protocolaire superficielle (de telles descriptions sont inattendues donc déstabilisantes) ;
  • si l'interlocuteur est intime, il faut graduer l'explication, pour commencer par un aspect superficiel et facile à appréhender, et ne liant que des facteurs consensuels ;
  • il faut que la réponse tienne compte du fait qu'il est surprenant, voire souvent mal connoté, qu'un informaticien reçoive un maigre salaire, donc ne pas provoquer un sentiment d'incompréhension ni d'injustice chez l'interlocuteur ;
  • il faut que la réponse soit suffisament fermée pour ne pas amener la conversation sur l'histoire qui a précédé la situation courante.
  • il faut que la réponse utilise des mots simples, pour rester accessible aux non-informaticiens et ne pas provoquer la curiosité des informaticiens.

Synthèse :

(mode dialogue)

— Et alors, tu fais quoi dans la vie ?

— Je travaille dans une boîte qui fait des sites web.

— Et c'est quoi ton poste là-bas ?

— Je fais des sites web.

— Et ça consiste en quoi ?

— Le client exprime un besoin par un cahier des charges, et je fais partie de l'équipe qui réalise la solution technique qui répond au besoin.

Normalement, si la personne n'est pas technique, ça suffit. Sinon :

— Mais je n'ai pas trop le droit d'expliquer les détails techniques.

Après, il y a les questions d'argent :

— Et, si ce n'est pas indiscret, tu es payé combien ?

— Suffisamment.

Heureusement, il y a des aspects simples :

— Et ton travail te plaît ?

— Oui, beaucoup, je suis très content de faire ça.

Par contre, il y en a des moins simples :

— Pourquoi tu ne veux pas m'en parler ?

— Parce que mon intérêt pour ce travail est surtout affectif, psychologique et émotionnel, et que c'est compliqué pour moi d'en parler. Si tu pense qu'on peut parler ensemble de dépression nerveuse, de traumatisme d'enfance, d'amour, de politique, d'anti-capitalisme, et de relations homosexuelles, je peux peut-être te replacer le contexte. Mais ce serait long, et je préfèrerais que tu n'improvise pas.

Je pense que ça suffira.

Spontanéité

Posted by Lunar at 2004-07-20 09:33

Ça risque de manquer de spontanéité tout de même si tu te mets à répéter ceci un peu trop. C'est aussi en me livrant de façon inattendu que j'ai eu la chance de rencontrer des personnes chouettes. Redonner du sens au « ça va »...

Typique

Posted by Thomas Gatignon at 2004-07-21 05:33

Voilà le genre de post que j'adore !

Questions protocolaires

Posted by Sly at 2009-03-11 03:33
Bonjour,

je viens de lire "where are you from" et ce post.
Certes, ces questions sont protocolaires. Elles ont au moins le mérite de passer le temps.

90% du temps, les personnes qui te l'ont posée s'en foutent, oui. Moi, quitte à passer le temps, j'essaie de trouver ce que je peux découvrir, et ces deux questions protocolaires sont les meilleures ouvertures.

D'abord parce qu'elles sont communes. Personne ne s'en offusque, ça fait poli, et ça engage la conversation. Si un type me répond "je viens de Sarcelles, j'ai passé mon enfance à Sarcelles, et vive Sarcelles", non que je n'aime pas, mais il n'a visiblement rien à dire. Je passerai à la suite. Mais s'il me dit "j'ai passé mon enfance en Lybie", "je vis en Australie" ou "mes parents sont de Los Angeles", je sais que je vais enfin pouvoir être curieux et apprendre des choses.

"Qu'est-ce que tu fais dans la vie" est aussi une invitation à parler de ce qui te tient le plus à coeur. La question est tellement ouverte que le type peut te parler de tout ce qu'il aime : s'il aime son boulot c'est cool pour lui, mais sinon il déviera vite vers un sujet plus passionnant.

J'aime les gens passionnés, et je me suis retrouvé à aimer des discussions de plusieurs heures sur la moto ou la muscu alors que je ne suis pas du tout branché par ça. Et ce genre de questions est idéal pour révéler les passions.

Par conséquent, j'aime la poser, et j'aime qu'on me la pose.

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